16 juillet 2008
L'Amour lesbienne
Louise
Labé
ELEGIE
I [1]
(1550)
(…) Il m’a donné la lyre, dont les vers
Voulaient chanter de l’Amour
Lesbienne :
Ô doux archet, adoucis-moi la voix (…)
Dames, qui les lirez,
De mes regrets avec moi soupirez. (…)
N’estimez point que l’on doive blâmer
Celles qu’a fait Cupidon s’enflammer.
(…)
Ainsi Amour de toi t’a rendue étrangée[2]
Qu’on te dirait en une autre changée.
(…)
Alors de fard et d’eau continuelle
Elle essayait de se faire belle,
Voulant chasser le ridé labourage
Que l’âge avait gravé sur son
visage. (…)
ELEGIE
III
(…) Tu penses donc, ô Lyonnaise Dame,
Pouvoir fuir par ce moyen ma
flamme ? (…)
SONNET
XII
Oh, si j’étais en ce beau sein ravie (…)
Si m’accolant tu me disais : chère
Amie
Contentons-nous l’une de l’autre !
(…)
Si, de mes bras la tenant accolée,
Comme du Lierre est l’arbre encerclé,
(…)
La mort venant, de mon aise envieuse,
(…)
Et mon esprit sur ses lèvres fuirait,
Bien je mourrais, plus que vivante,
heureuse.
[1]
Que je te traduis ici en français moderne
mais le mot « Lesbienne » est bien dans le texte d’origine…
[2] étrangère : et la rime disparaîtrait…
07 juillet 2008
A une Amie
Je
m’abîmai dans tes yeux
Où la tristesse s’extasie,
Où s’attarde un reflet d’adieux,
O fleur d’ombre et de poésie !
Tu
fais gémir, en tes accords,
Les divines inquiétudes ;
La flamme blanche de ton corps
Brûle au fond de mes solitudes.
Un
rêve d’automne et d’hiver
Filtre sous tes paupières closes,
Tandis qu’émane de ta chair
L’exaspération des roses.
Floréal
Je
t’aime dans l’odeur des roses
Mourantes, quand il se fait tard,
Quand, sous tes paupières mi-closes,
S’alanguit ton pâle regard.
Mon âme tendrement troublée
T’aime dans l’odeur des lilas,
Lorsque ruisselle la coulée
Du clair midi sur les fronts las.
O ma Maîtresse, ô mon Amie,
Je t’aime en l’odeur des œillets…
Le bleu de ta chambre endormie
S’attendrit parmi les regrets…
Dans l’odeur de la violette,
J’aime la grâce de ton corps,
Tandis que le miroir reflète
L’éclat des ambres et des ors.
Dans l’odeur de ta tubéreuse,
Je t’aime d’un mauvais désir,
A l’heure où l’aurore amoureuse
Se pâme avec un frais soupir.
Et, dans l’odeur de l’aubépine,
J’aime tes yeux pleins d’éclairs bruns…
O ma Maîtresse, ô ma Divine !
Je te mêle à tous les parfums.
Photo de Dragonmire : la copine de Renée s'appelait Violette !
Double
La Double Ambiguïté
J’écoute
avidement tes paroles dans l’ombre…
Je goûte les langueurs et les parfums du lit
Et la complicité des ténèbres, où sombre
La Pléiade d’or que Sélanna pâlit.
Tu
souris, déployant ta chevelure blonde,
Et le sommeil répand des pétales d’azur.
La musique s’éteint. La nuit glisse sur l’onde
Harmonieusement, ainsi qu’un cygne obscur.
Ma
bouche a possédé ta bouche féminine
Et mon être a frémi sous tes baisers d’amant,
Car je suis l’Etre Double, et mon âme androgyne
Adore en toi la vierge et le prince charmant.
Lèvres
L’Anxiété des Lèvres
Donne-moi les
mauvais baisers
Qui frémissent, inapaisés,
Parmi les lents sanglots brisés.
Lorsque tu
seras endormie,
Je contemplerai l’infamie
De tes fausses lèvres d’amie.
La lumière
de ton miroir
A reflété mon désespoir
Et les glauques frissons du soir.
Redis-moi le
divin mensonge
Où chaque soir mon être plonge
Comme en l’abîme d’or du songe.
Ah ! rends-moi
les mauvais baisers
Qui frémissent, inapaisés,
Parmi les lents sanglots brisés !
Pour le Lys
O
Toi, Femme que j’aime ! O Lys irréprochable !
Très chère qu’on ne peut approcher qu’à genoux,
Lève sur moi tes yeux si doux et ton front doux !
Et que le repas soit comme la Sainte Table.
Réveille,
avec ta voix, mes rêves somnolents.
Voyant mon front fiévreux, accablé par les rêves,
Toute droite, dans la pourpre et l’or tu te lèves,
Toujours silencieuse, ave tes gestes lents.
O
l’Image divine ! O la Femme que j’aime !
Qui fais que je m’éveille avec la face au jour
Et qui, par le pouvoir immense de l’amour,
As fait que le matin m’est apparu moins blême.
O puissance ! ô beauté de la Femme que j’aime !
Mains
Mains sur un Front de Malade
C’est
l’imposition fraîche et lente des mains
Sur mon front que remplit l’horreur des lendemains,
O bénédiction suave de ses mains !
Les
douces mains de femmes ont des gestes de prêtre
Et répandent en vous la paix et le bien-être,
La consolation que vient donner le prêtre !
Elles
n’apprennent point le geste qui guérit,
Elles l’ont toujours su… Dans l’horreur de la nuit
Cette imposition très calme nous guérit…
Apaise
mon grand mal, de tes mains secourables,
Tandis que l’heur glisse aux sabliers des sables,
Car le bienfait me vient de tes mains secourables !
Donne-moi
ta fraîcheur et donne-moi ta paix !
Et calme le démon qui sur moi se repaît,
En signant sur mon front le geste de la paix !
Absence
O Femme au cœur de qui mon triste cœur a cru,
Je te convoite, ainsi qu’un trésor disparu.Je te maudis, mais en t’aimant… Mon cœur bizarre
Te cherche, Emeraude admirablement rare !Que je suis exilée ! Et que pèse le temps,
Malgré le beau soleil des midis éclatants !Retombant chaque soir dans un amer silence,
Je pleure sur le plus grand des maux : sur l’absence !…
Résurrection
Et
je t’aime ! Et voici que s’épand dans mes moelles
Miraculeusement la clarté des étoiles,
Belle que je choisis pour Reine des étoiles !
Me
voici revenue à la vie, à l’amour
Qui transfigure en or les choses d’alentour,
Au charme du poème, au rire de l’amour.
Tantôt
je m’enfonçais dans l’horreur des ténèbres
Et je portais en moi des visions funèbres
Ah ! l’horreur, ah ! l’horreur tenace des ténèbres !
Mais
voici le matin… Nous voici toutes deux
Vivantes… C’en est fait de mes songes hideux.
Comme par le passé, Chère, nous sommes deux.
O
bonheur de me voir revenue à la vie !
Car l’aurore s’est faite en mon âme ravie ;
Miraculeusement, je vois rire la vie !…
Voici
que l’univers me donne moins d’effroi,
Très chère, puisque enfin me voici près de toi,
Et je n’ai plus d’angoisse et je n’ai plus d’effroi !
Présence
Ta présence
me donne une heure de jeunesse,
Il me semble que mon mal se ralentit, puis cesse,
Car c’est toi mon bonheur et c’est toi ma jeunesse !
O parfum de ta
robe ! O fraîcheur de ton front !
Jamais les cruels temps futurs n’obscurciront
Cette douce clarté de tes yeux, de ton front !
Tu m’apportes
ta voix, ta présence et ton rire,
Et je t’attends, je te contemple, et je t’admire.
En moi rayonne encor la splendeur de ton rire !
Sous le rayonnement
solaire de tes yeux,
O jeune et belle autant que le furent les dieux !
Il me semble oublier mon cœur qui se fait vieux !