26 décembre 2008
Ma Radio
http://audioblog.arteradio.com/Audiobooks
Que du son !!!
Que des textes Libres à écouter ...
Bonne écoute !!!
25 juillet 2008
Ma mère préfère les femmes ... surtout les jeunes
Film espagnol sorti en dvd ... qui mérite le détour : laisse-moi le revoir et je reviens faire un article dessus mais en tout cas j'en garde un très bon souvenir ! 
16 juillet 2008
Contre la pub sexiste
Rabinette : en refusant d'acheter les produits dont la pub est sexiste !!! en dénonçant comme peuvent le faire la Meute des chiennes de garde (j'en suis une) ! En refusant toute dévalorisation du corps humain et surtout des femmes, les principales victimes !!!
On n'est pas des Putes !!! "Ni Putes Ni Soumises" !!!
Peu d'images sur mon Blog, c'est aussi pour cette raison ... ou alors des images valorisantes !
L'Amour lesbienne
Louise
Labé
ELEGIE
I [1]
(1550)
(…) Il m’a donné la lyre, dont les vers
Voulaient chanter de l’Amour
Lesbienne :
Ô doux archet, adoucis-moi la voix (…)
Dames, qui les lirez,
De mes regrets avec moi soupirez. (…)
N’estimez point que l’on doive blâmer
Celles qu’a fait Cupidon s’enflammer.
(…)
Ainsi Amour de toi t’a rendue étrangée[2]
Qu’on te dirait en une autre changée.
(…)
Alors de fard et d’eau continuelle
Elle essayait de se faire belle,
Voulant chasser le ridé labourage
Que l’âge avait gravé sur son
visage. (…)
ELEGIE
III
(…) Tu penses donc, ô Lyonnaise Dame,
Pouvoir fuir par ce moyen ma
flamme ? (…)
SONNET
XII
Oh, si j’étais en ce beau sein ravie (…)
Si m’accolant tu me disais : chère
Amie
Contentons-nous l’une de l’autre !
(…)
Si, de mes bras la tenant accolée,
Comme du Lierre est l’arbre encerclé,
(…)
La mort venant, de mon aise envieuse,
(…)
Et mon esprit sur ses lèvres fuirait,
Bien je mourrais, plus que vivante,
heureuse.
[1]
Que je te traduis ici en français moderne
mais le mot « Lesbienne » est bien dans le texte d’origine…
[2] étrangère : et la rime disparaîtrait…
Captives (Vicky Jaime)
Vicky
JAIME
CAPTIVES[1]
« Tu
as profité que je m’éclipse pour te dévêtir hâtivement et te glisser nue sous
le drap. (…) Debout, j’effleure le drap de satin qui me livre tes courbes. Je
promène ma rose sur tes pieds puis, très lentement, je remonte ton corps. Je
dessine quelques arabesques sur ton ventre et habille tes seins de volutes
parfumées. (…) Ma main prend le relais, tremblante, maladroite. Je recommence
le même itinéraire sans la rose. Le drap de satin entre ta peau et la mienne
restitue la chaleur de ton corps impatient. Tu voudrais que je l’écarte, tu
implores l’impact, je n’en fais rien. J’explore ton corps patiemment. Je me
revois enfant dessinant avec les doigts sur le sable chaud.
Mes
mains, guidées par ton souffle, prennent de l’assurance.
Je
saisis le drap posé sur tes épaules et le fais délicatement glisser sur ta
peau, jusqu’à ton nombril. Ta respiration est haletante. Ta nudité s’offre à
mes yeux, je devine les geysers de ton désir. Tu attrapes mon bras, m’attires
dans le lit et me déshabilles.
Tu
m’embrasses… un premier baiser furtif, un deuxième à peine plus long, puis un
troisième…
Emportée
par ta fougue, ta langue tournoie, explore et courtise la mienne… Me reste le
goût torréfié de ton baiser. Je chancelle.
Je suis
ivre. Je ferme les yeux. Je veux fuir ton regard qui me précipite vers la
capitulation. Du revers de ta main, tu calligraphies des vagues sur mon ventre,
le vertige nous gagne…
Vacillante,
tu te blottis contre moi. Ta bouche escalade mon sein, dévale une pente pour
aussitôt gravir l’autre, jusqu’au sommet que tu enveloppes d’un baiser éternel.
Ta langue dessine des circonvolutions sur mon téton. Tu le captures pour
l’entraîner dans ta bouche gourmande. Tu règnes sur moi de toute ta sensualité
quand d’un léger haussement d’épaule, je te prie de m’épargner. Tes lèvres
papillonnent sur mon ventre pendant que ta main, d’une caresse, apaise mon
ardeur.
L’instant
qui suit, nous ne sommes plus qu’un entrelacement d’ondes. Une symphonie
inaudible rythme nos ébats.
Le feu
à l’embouchure de mon être, crépitant. Ma chair, un enchevêtrement de canaux où
le frisson glacial contraste avec les sensations incandescentes. Un arc fou,
bleuté, m’électrise par à-coups puis se propage au tien. Et dans une explosion,
nous signons un pacte pour être pour longtemps captives[2]. »
[1]
nouvelle in Oxydo n°13 2005 p.46 :
Chère Vicky, Si tu as d'autres textes ? Tu as ta petite place que je te garde ici bien au chaud… si tu veux donner tes commentaires ? J’aurai voulu éditer toute ta
nouvelle mais étais-tu ok ? Tu me connais sous "Cathy" et tu étais ok pour que je diffuse ton texte...
[2] Et là, chère lectrice, tu peux donner une suite à cette nouvelle… que se passe-t-il ? Que ressens-tu quand tu es ainsi dans les bras de ta bien-aimée ? Tu peux écrire sur ce Blog, je te l’autorise… et ainsi un Blog devient une Lettre d’Amour que tu écris à ta bien-aimée à la l’occasion de la Ste Valentine, la fête de toutes les Amoureuses…
Une partie de campagne
(d'après Maupassant et librement adapté ici en version lesbienne)
On avait projeté depuis cinq mois d'aller déjeuner aux environs de Paris, le jour de la fête de Mme Dufour, qui s'appelait Pétronille. Aussi, comme on avait attendu cette partie impatiemment, s'était-on levé de fort bonne heure ce matin-là.
Mme Dufour, ayant emprunté la voiture du laitier, conduisait elle-même. La carriole, à deux roues, était fort propre; elle avait un toit supporté par quatre montants de fer où s'attachaient des rideaux qu'on avait relevés pour voir le paysage. Celui de derrière, seul, flottait au vent, comme un drapeau. La femme, à côté de son épouse, s'épanouissait dans une robe de soie cerise extraordinaire. Ensuite, sur deux chaises, se tenaient une vieille grand-mère et une jeune fille. On apercevait encore la chevelure jaune d'un garçon qui, faute de siège, s'était étendu tout au fond, et dont la tête seule apparaissait.
Après avoir suivi l'avenue des Champs-Elysées et franchi les fortifications à la porte Maillot, on s'était mis à regarder la contrée.
En arrivant au pont de Neuilly, Mme Dufour avait dit: "Voici la campagne enfin!" et sa femme, à ce signal, s'était attendrie sur la nature.
Au rond-point de Courbevoie, une admiration les avait saisies devant l'éloignement des horizons. A droite, là-bas, c'était Argenteuil, dont le clocher se dressait; au-dessus apparaissaient les buttes de Sannois et le Moulin d'Orgemont. A gauche, l'aqueduc de Marly se dessinait sur le ciel clair du matin, et l'on apercevait aussi, de loin, la terrasse de Saint-Germain; tandis qu'en face, au bout d'une chaîne de collines, des terres remuées indiquaient le nouveau fort de Cormeilles. Tout au fond, dans un reculement formidable, par-dessus des plaines et des villages, on entrevoyait une sombre verdure de forêts.
Le soleil commençait à brûler les visages; la poussière emplissait les yeux continuellement, et, des deux côtés de la route, se développait une campagne interminablement nue, sale et puante. On eût dit qu'une lèpre l'avait ravagée, qui rongeait jusqu'aux maisons, car des squelettes de bâtiments défoncés et abandonnés, ou bien des petites cabanes inachevées faute de paiement aux entrepreneurs, tendaient leurs quatre murs sans toit.
De loin en loin, poussaient dans le sol stérile de longues cheminées de fabrique, seule végétation de ces champs putrides où la brise du printemps promenait un parfum de pétrole et de schiste mêlé à une autre odeur moins agréable encore.
Enfin, on avait traversé la Seine une seconde fois, et, sur le pont, ç'avait été un ravissement. La rivière éclatait de lumière; une buée s'en élevait, pompée par le soleil, et l'on éprouvait une quiétude douce, un rafraîchissement bienfaisant à respirer enfin un air plus pur qui n'avait point balayé la fumée noire des usines ou les miasmes des dépotoirs.
Un homme qui passait avait nommé le pays: Bezons.
La voiture s'arrêta, et Mme Dufour se mit à lire l'enseigne engageante d'une gargote: "Restaurant Poulin, matelotes et fritures, cabinets de société, bosquets et balançoires. Eh bien! madame Dufour, cela te va-t-il? Te décideras-tu à la fin?"
Sa femme lut à son tour: "Restaurant Poulin, matelotes et fritures, cabinets de société, bosquets et balançoires." Puis elle regarda la maison longuement.
C'était une auberge de campagne, blanche, plantée au bord de la route. Elle montrait, par la porte ouverte, le zinc brillant du comptoir devant lequel se tenaient deux ouvriers endimanchés.
A la fin, Mme Dufour se décida: "Oui, c'est bien, dit-elle; et puis il y a de la vue." La voiture entra dans un vaste terrain planté de grands arbres qui s'étendait derrière l'auberge et qui n'était séparé de la Seine que par le chemin de halage.
Alors on descendit. Mme Dufour sauta la première, puis ouvrit les bras pour recevoir sa femme. Le marchepied, tenu par deux branches de fer, était très loin, de sorte que, pour l'atteindre, Pétronille dut laisser voir le bas de sa jambe dont la finesse primitive disparaissait à présent sous un envahissement de graisse tombant des cuisses.
Mme Dufour, que la campagne émoustillait déjà, lui pinça vivement le mollet, puis, la prenant sous les bras, la déposa lourdement à terre, comme un énorme paquet.
Elle tapa avec la main sa robe de soie pour en faire tomber la poussière, puis regarda l'endroit où elle se trouvait.
C'était une femme de trente-six ans environ, forte en chair, épanouie et réjouissante à voir. Elle respirait avec peine, étranglée violemment par l'étreinte de son corset trop serré; et la pression de cette machine rejetait dans son double menton la masse fluctuante de sa poitrine surabondante.
La jeune fille ensuite, posant la main sur l'épaule de sa mère (Mme Dufour), sauta légèrement toute seule. Le garçon aux cheveux jaunes était descendu en mettant un pied sur la roue, et il aida Mme Dufour à décharger la grand'mère.
Alors on détela le cheval, qui fut attaché à un arbre; et la voiture tomba sur le nez, les deux brancards à terre.
Mlle Dufour essayait de se balancer debout, toute seule, sans parvenir à se donner un élan suffisant. C'était une belle fille de dix-huit à vingt ans; une de ces femmes dont la rencontre dans la rue vous fouette d'un désir subit, et vous laisse jusqu'à la nuit une inquiétude vague et un soulèvement des sens. Grande, mince de taille et large des hanches, elle avait la peau très brune, les yeux très grands, les cheveux très noirs. Sa robe dessinait nettement les plénitudes fermes de sa chair qu'accentuaient encore les efforts des reins qu'elle faisait pour s'enlever. Ses bras tendus tenaient les cordes au-dessus de sa tête, de sorte que sa poitrine se dressait, sans une secousse, à chaque impulsion qu'elle donnait. Son chapeau, emporté par un coup de vent, était tombé derrière elle; et l'escarpolette peu à peu se lançait, montrant à chaque retour ses jambes fines jusqu'au genou, et jetant à la figure des deux hommes, qui la regardaient en riant, l'air de ses jupes, plus capiteux que les vapeurs du vin.
Assise sur l'autre balançoire, Pétronille gémissait d'une façon monotone et continue: "Emilienne, viens me pousser; viens donc me pousser, ma Chérie!" A la fin, elle y alla et, ayant retroussé les manches de sa chemise, comme avant d'entreprendre un travail, elle mit sa femme en mouvement avec une peine infinie.
Cramponnée aux cordes, elle tenait ses jambes droites, pour ne point rencontrer le sol, et elle jouissait d'être étourdie par le va-et-vient de la machine. Ses formes, secouées, tremblotaient continuellement comme de la gelée sur un plat. Mais, comme les élans grandissaient, elle fut prise de vertige et de peur. A chaque descente, elle poussait un cri perçant qui faisait accourir tous les gamins du pays; et, là-bas, devant elle, au-dessus de la haie du jardin, elle apercevait vaguement une garniture de têtes polissonnes que des rires faisaient grimacer diversement.
Une servante étant venue, on commanda le déjeuner.
"Une friture de Seine, un lapin sauté, une salade et du dessert", articula Pétronille; d'un air important. "Vous apporterez deux litres et une bouteille de bordeaux", dit son épouse. "Nous dînerons sur l'herbe", ajouta la jeune fille.
La grand'mère, prise de tendresse à la vue du chat de la maison, le poursuivait depuis dix minutes en lui prodiguant inutilement les plus douces appellations. L'animal, intérieurement flatté sans doute de cette attention, se tenait toujours tout près de la main de la bonne femme, sans se laisser atteindre cependant, et faisait tranquillement le tour des arbres, contre lesquels il se frottait, la queue dressée, avec un petit ronron de plaisir.
"Tiens! cria tout à coup le jeune homme aux cheveux jaunes qui furetait dans le terrain, en voilà des bateaux qui sont chouettes!" On alla voir. Sous un petit hangar en bois étaient suspendues deux superbes yoles de canotières, fines et travaillées comme des meubles de luxe. Elles reposaient côte à côte, pareilles à deux grandes filles minces, en leur longueur étroite et reluisante, et donnaient envie de filer sur l'eau par les belles soirées douces ou les claires matinées d'été, de raser les berges fleuries où les arbres entiers trempent leurs branches dans l'eau, où tremblote l'éternel frisson des roseaux, et d'où s'envolent, comme des éclairs bleus, de rapides martins-pêcheurs.
Toute la famille, avec respect, les contemplait. "Oh! ça oui, c'est chouette", répéta gravement Mme Dufour. Et elle les détaillait en connaisseuse. Elle avait canoté, elle aussi, dans son jeune temps, disait-elle; voire même qu'avec ça dans la main - et elle faisait le geste de tirer sur les avirons - elle se fichait de tout le monde. Elle avait rossé en course plus d'un Anglais, jadis, à Joinville; et elle plaisanta sur le mot "dames", dont on désigne les deux montants qui retiennent les avirons, disant que les canotiers, et pour cause, ne sortaient jamais sans leurs dames. Il s'échauffait en pérorant et proposait obstinément de parier qu'avec un bateau comme ça, il ferait six lieues à l'heure sans se presser.
"C'est prêt", dit la servante qui apparut à l'entrée. On se précipita; mais voilà qu'à la meilleure place, qu'en son esprit Mme Dufour avait choisie pour s'installer, deux jeunes femmes déjeunaient déjà. C'étaient les propriétaires des yoles, sans doute, car elles portaient le costume des canotières.
Elles étaient étendues sur des chaises, presque couchées. Elles avaient la face noircie par le soleil et la poitrine couverte seulement d'un mince maillot de coton blanc qui laissait passer leurs bras nus, robustes comme ceux des forgerons. C'étaient deux solides butchs, posant beaucoup pour la vigueur, mais qui montraient en tous leurs mouvements cette grâce élastique des membres qu'on acquiert par l'exercice, si différente de la déformation qu'imprime à l'ouvrier l'effort pénible, toujours le même.
Elles échangèrent rapidement un sourire en voyant la mère, puis un regard en apercevant la fille. "Donnons notre place, dit l'une, ça nous fera faire connaissance." L'autre aussitôt se leva et, tenant à la main sa toque mi-partie rouge et mi-partie noire, elle offrit chevaleresquement de céder aux dames le seul endroit du jardin où ne tombât point le soleil. On accepta en se confondant en excuses; et pour que ce fût plus champêtre, la famille s'installa sur l'herbe sans table ni sièges.
Les deux jeunes butchs portèrent leur couvert quelques pas plus loin et se remirent à manger. Leurs bras nus, qu'elles montraient sans cesse, gênaient un peu la jeune fille. Elle affectait même de tourner la tête et de ne point les remarquer, tandis que Mme Dufour, plus hardie, sollicitée par une curiosité féminine qui était peut-être du désir, les regardait à tout moment, les comparant sans doute avec regret aux laideurs secrètes de son épouse.
Elle s'était éboulée sur l'herbe, les jambes pliées à la façon des tailleurs, et elle se trémoussait continuellement, sous prétexte que des fourmis lui étaient entrées quelque part. Mme Dufour, rendue maussade par la présence et l'amabilité des étrangères, cherchait une position commode qu'elle ne trouva pas du reste, et le jeune homme aux cheveux jaunes mangeait silencieusement comme un ogre.
"Un bien beau temps, Mademoiselle", dit la grosse dame à l'une des canotières. Elle voulait être aimable à cause de la place qu'elles avaient cédée. "Oui, Madame, répondit-elle; venez-vous souvent à la campagne?
- Oh! une fois ou deux par an seulement, pour prendre l'air; et vous; Mademoiselle ?
- J'y viens coucher tous les soirs.
- Ah! ça doit être bien agréable?
- Oui, certainement, Madame."
Et elle raconta sa vie de chaque jour, poétiquement, de façon à faire vibrer dans le coeur de ces bourgeoises privées d'herbe et affamées de promenades aux champs cet amour bête de la nature qui les hante toute l'année derrière le comptoir de leur boutique.
La jeune fille, émue, leva les yeux et regarda la canotière. Mme Dufour parla pour la première fois. "Ça, c'est une vie", dit-elle. Elle ajouta: "Encore un peu de lapin, ma bonne. - Non, merci, mon amie."
Elle se tourna de nouveau vers les jeunes femmes, et montrant leurs bras: "Vous n'avez jamais froid comme ça?" dit-elle.
Elles se mirent à rire toutes les deux, et elles épouvantèrent la famille par le récit de leurs fatigues prodigieuses, de leurs bains pris en sueur, de leurs courses dans le brouillard des nuits.
La jeune fille les examinait de côté maintenant; et le garçon aux cheveux jaunes, ayant bu de travers, toussa éperdument, arrosant la robe de soie cerise de la patronne qui se fâcha et fit apporter de l'eau pour laver les taches.
Cependant, la température devenait terrible. Le fleuve étincelant semblait un foyer de chaleur, et les fumées du vin troublaient les têtes.
Mme Dufour, que secouait un hoquet violent, avait déboutonné le haut de son pantalon; tandis que sa femme, prise de suffocations, dégrafait sa robe peu à peu. L'apprenti balançait d'un air gai sa tignasse de lin et se versait à boire coup sur coup. La grand'mère, se sentant grise, se tenait fort raide et fort digne. Quant à la jeune fille, elle ne laissait rien paraître; son oeil seul s'allumait vaguement, et sa peau très brune se colorait aux joues d'une teinte plus rose.
Le café les acheva. On parla de chanter et chacune dit son couplet, que les autres applaudirent avec frénésie. Puis on se leva difficilement.
Cependant les canotières avaient mis leurs yoles à l'eau, et elles revenaient avec politesse proposer aux fems une promenade sur la rivière.
"Mme Dufour, veux-tu? je t'en prie!" cria sa femme. Elle la regarda d'un air d'ivrogne, sans comprendre. Alors une canotière s'approcha, deux lignes de pêcheur à la main. L'espérance de prendre du goujon, cet idéal des boutiquiers, alluma les yeux mornes de l'épouse Butch, qui permit tout ce qu'on voulut, et s'installa à l'ombre, sous le pont, les pieds ballants au-dessus du fleuve, à côté du jeune homme aux cheveux jaunes qui s'endormit auprès d'elle.
Une des canotières se dévoua: elle prit la mère. "Au petit bois de l'île aux Anglais!" cria-t-elle en s'éloignant.
L'autre yole s'en alla plus doucement. La jeune femme regardait tellement sa compagne qu'elle ne pensait plus à autre chose, et une émotion l'avait saisie qui paralysait sa vigueur.
La jeune fille, assise dans le fauteuil de la barreuse, se laissait aller à la douceur d'être sur l'eau. Elle se sentait prise d'un renoncement de pensée, d'une quiétude de ses membres, d'un abandonnement d'elle-même, comme envahie par une ivresse multiple. Elle était devenue fort rouge avec une respiration courte. Les étourdissements du vin, développés par la chaleur torrentielle qui ruisselait autour d'elle, faisaient saluer sur son passage tous les arbres de la berge. Un besoin vague de jouissance, une fermentation du sang parcouraient sa chair excitée par les ardeurs de ce jour; et elle était aussi troublée dans ce tête-à-tête sur l'eau, au milieu de ce pays dépeuplé par l'incendie du ciel, avec cette jeune butch qui la trouvait belle, dont l'oeil lui baisait la peau, et dont le désir était pénétrant comme le soleil.
Leur impuissance à parler augmentait leur émotion, et elles regardaient les environs. Alors, faisant un effort, elle lui demanda son nom. "Henriette", dit-elle. "Tiens! moi je m'appelle Juliette", reprit-elle.
Le son de leur voix les avait calmées; elles s'intéressèrent à la rive. L'autre yole s'était arrêtée et paraissait les attendre. Celle qui la montait cria: "Nous vous rejoindrons dans le bois; nous allons jusqu'à Robinson, parce que Madame a soif." - Puis elle se coucha sur les avirons et s'éloigna si rapidement qu'on cessa bientôt de la voir.
Cependant un grondement continu qu'on distinguait vaguement depuis quelque temps s'approchait très vite. La rivière elle-même semblait frémir comme si le bruit sourd montait de ses profondeurs.
"Qu'est-ce qu'on entend?" demanda-t-elle. C'était la chute du barrage qui coupait le fleuve en deux à la pointe de l'île. Elle se perdait dans une explication, lorsque, à travers le fracas de la cascade, un chant d'oiseau qui semblait très lointain les frappa. "Tiens, dit-elle, les rossignols chantent dans le jour: c'est donc que les femelles couvent."
Un rossignol! Elle n'en avait jamais entendu, et l'idée d'en écouter un fit se lever dans son coeur la vision des poétiques tendresses. Un rossignol! c'est-à-dire l'invisible témoin des rendez-vous d'amour qu'invoquait Juliette sur son balcon; cette musique du ciel accordée aux baisers; cet éternel inspirateur de toutes les romances langoureuses qui ouvrent un idéal bleu aux pauvres petits coeurs des fillettes attendries!
Elle allait donc entendre un rossignol.
"Ne faisons pas de bruit, dit sa compagne, nous pourrons descendre dans le bois et nous asseoir tout près de lui."
La yole semblait glisser. Des arbres se montrèrent sur l'île, dont la berge était si basse que les yeux plongeaient dans l'épaisseur des fourrés. On s'arrêta; le bateau fut attaché; et, Henriette s'appuyant sur le bras d'Henriette, elles s'avancèrent entre les branches. "Courbe-toi", dit-elle. Elle se courba, et elles pénétrèrent dans un inextricable fouillis de lianes, de feuilles et de roseaux, dans un asile introuvable qu'il fallait connaître et que la jeune butch appelait en riant "son cabinet particulier".
Juste au-dessus de leur tête, perché dans un des arbres qui les abritaient, l'oiseau s'égosillait toujours. Il lançait des trilles et des roulades, puis filait de grands sons vibrants qui emplissaient l'air semblaient se perdre à l'horizon, se déroulant le long du fleuve et s'envolant au-dessus des plaines, à travers le silence de feu qui appesantissait la campagne.
Elles ne parlaient pas de peur de le faire fuir. Elles étaient assises l'une près de l'autre, et, lentement, le bras de Henriette fit le tour de la taille de Juliette et l'enserra d'une pression douce. Elle prit, sans colère, cette main audacieuse, et elle l'éloignait sans cesse à mesure qu'elle la rapprochait, n'éprouvant du reste aucun embarras de cette caresse, comme si c'eût été une chose toute naturelle qu'elle repoussait aussi naturellement.
Elle écoutait l'oiseau, perdue dans une extase. Elle avait des désirs infinis de bonheur, des tendresses brusques qui la traversaient, des révélations de poésies surhumaines, et un tel amollissement des nerfs et du coeur, qu'elle pleurait sans savoir pourquoi. La jeune butch la serrait contre elle maintenant; elle ne la repoussait plus, n'y pensant pas.
Le rossignol se tut soudain. Une voix éloignée cria: "Juliette!
- Ne réponds point, dit-elle tout bas, tu ferais envoler l'oiseau."
Elle ne songeait guère non plus à répondre.
Elles restèrent quelque temps ainsi. Mme Dufour était assise quelque part, car on entendait vaguement, de temps en temps, les petits cris de la grosse dame que lutinait sans doute l'autre canotière.
La jeune fille pleurait toujours, pénétrée de sensations très douces, la peau chaude et piquée partout de chatouillements inconnus. La tête de Henriette était sur son épaule; et, brusquement, elle la baisa sur les lèvres. Elle eut une révolte furieuse et, pour l'éviter, se rejeta sur le dos. Mais elle s'abattit sur elle, la couvrant de tout son corps. Elle poursuivit longtemps cette bouche qui la fuyait, puis, la joignant, y attacha la sienne. Alors, affolée par un désir formidable, elle lui rendit son baiser en l'étreignant sur sa poitrine, et toute sa résistance tomba comme écrasée par un poids trop lourd.
Tout était calme aux environs. L'oiseau se remit à chanter. Il jeta d'abord trois notes pénétrantes qui semblaient un appel d'amour, puis, après un silence d'un moment, il commença d'une voix affaiblie des modulations très lentes.
Une brise molle glissa, soulevant un murmure de feuilles, et dans la profondeur des branches passaient deux soupirs ardents qui se mêlaient au chant du rossignol et au souffle léger du bois.
Une ivresse envahissait l'oiseau, et sa voix, s'accélérant peu à peu comme un incendie qui s'allume ou une passion qui grandit, semblait accompagner sous l'arbre un crépitement de baisers. Puis le délire de son gosier se déchaînait éperdument. Il avait des pâmoisons prolongées sur un trait, de grands spasmes mélodieux.
Quelquefois il se reposait un peu, filant seulement deux ou trois sons légers qu'il terminait soudain par une note suraiguë. Ou bien il partait d'une course affolée, avec des jaillissements de gammes, des frémissements, des saccades, comme un chant d'amour furieux, suivi par des cris de triomphe.
Mais il se tut, écoutant sous lui un gémissement tellement profond qu'on l'eût pris pour l'adieu d'une âme. Le bruit s'en prolongea quelque temps et s'acheva dans un sanglot.
Elles étaient bien pâles, toutes les deux, en quittant leur lit de verdure. Le ciel bleu leur paraissait obscurci; l'ardent soleil était éteint pour leur yeux; elles s'apercevaient de la solitude et du silence. Elles marchaient rapidement l'une près de l'autre, sans se parler, sans se toucher, car elles semblaient devenues ennemies irréconciliables, comme si un dégoût se fût élevé entre leur corps, une haine entre leurs esprits.
De temps à autre, Juliette criait: "Maman!"
Un tumulte se fit sous un buisson. Henriette crut voir une jupe blanche qu'on rabattait vite sur un gros mollet; et l'énorme dame apparut; un peu confuse et plus rouge encore, l'oeil très brillant et la poitrine orageuse, trop près peut-être de sa voisine. Celle-ci devait avoir vu des choses bien drôles, car sa figure était sillonnée de rires subits qui la traversaient malgré elle.
Mme Dufour prit son bras d'un air tendre, et l'on regagna les bateaux. Henriette, qui marchait devant, toujours muette à côté de la jeune fille, crut distinguer tout à coup comme un gros baiser qu'on étouffait.
Enfin, l'on revint à Bezons.
Mme Dufour, dégrisée, s'impatientait. Le jeune homme aux cheveux jaunes mangeait un morceau avant de quitter l'auberge. La voiture était attelée dans la cour, et la grand'mère, déjà montée, se désolait parce qu'elle avait peur d'être prise par la nuit dans la plaine, les environs de Paris n'étant pas sûrs.
On se donna des poignées de mains, et la famille Dufour s'en alla. "Au revoir!" criaient les canotières. Un soupir et une larme leur répondirent.
Deux mois après, comme elle passait rue des Martyrs, Henriette lut sur une porte: Dufour, quincaillières.
Elle entra.
La grosse dame s'arrondissait au comptoir. On se reconnut aussitôt, et, après mille politesses, elle demanda des nouvelles. "Et Mlle Juliette, comment va-t-elle?
- Très bien, merci, elle est mariée.
- Ah!..."
Une émotion l'étreignit; elle ajouta:
"Et... avec qui?
- Mais avec le jeune homme qui nous accompagnait, vous savez bien; c'est lui qui prend la suite.
- Oh! parfaitement."
Elle s'en allait fort triste, sans trop savoir pourquoi. Mme Dufour la rappela.
"Et votre amie ? dit-elle timidement.
- Mais elle va bien.
- Faites-lui nos compliments, n'est-ce pas; et quand elle passera, dites-lui donc de venir nous voir..."
Elle rougit fort, puis ajouta: "Ça me fera bien plaisir; dites-lui.
- Je n'y manquerai pas. Adieu!
- Non... à bientôt!"
L'année suivante, un dimanche qu'il faisait très chaud, tous les détails de cette aventure, que Henriette n'avait jamais oubliée, lui revinrent subitement, si nets et si désirables, qu'elle retourna toute seule à leur chambre dans le bois.
elle fut stupéfaite en entrant. Elle était là, assise sur l'herbe, l'air triste, tandis qu'à son côté, toujours en manches de chemise, son mari, le jeune homme aux cheveux jaunes, dormait consciencieusement comme une brute.
Elle devint si pâle en voyant Henriette qu'elle crut qu'elle allait défaillir. Puis elles se mirent à causer naturellement, de même que si rien ne se fût passé entre elles.
Mais comme elle lui racontait qu'elle aimait beaucoup cet endroit et qu'elle y venait souvent se reposer, le dimanche, en songeant à bien des souvenirs, elle la regarda longuement dans les yeux.
"Moi, j'y pense tous les soirs, dit-elle.
- Allons, ma bonne, reprit en bâillant son mari, je crois qu'il est temps de nous en aller."
09 juillet 2008
Dessin de Dragonmire
Dragonmire à l'honneur !
"Sans un mot,elle s'approchait près de moi,sa main flirtait avec ma peau en s'enlaçant tendrement autour de mon corps pour pour n'en plus faire qu'un.
Sans un regard,elle me dévétit et déposa sur mes lèvres desséchées un baiser me réconfortant de toute cette émotion anodin.
Elle me caressait avec beaucoup de sensualité et avec une immense affection qu'une sorte d'énergie électrique se mettait à parcourir mon corps tout entier.
Elle se mettait maintenant à se déshabiller,laissant paraître sa sculpture sublime et magnifique.
Je la prenais enfin dans mes bras pour la poser entièrement nue sur la grande table,telle une déesse en extase.
J'avais besoin de son amour,de m'abriter dans ses bras et d'affermir cet amour avec toute la douceur de mon coeur.
Elle me dévorait des yeux,je savourais sa beauté,elle était si belle,parfaite et si attendrissante.Je l'aimais tellement, elle était mienne...."
Voici donc un extrait de ton Blog ... mais la photo est de qui ??? Superbe photo en tout cas !!!
07 juillet 2008
A une Amie
Je
m’abîmai dans tes yeux
Où la tristesse s’extasie,
Où s’attarde un reflet d’adieux,
O fleur d’ombre et de poésie !
Tu
fais gémir, en tes accords,
Les divines inquiétudes ;
La flamme blanche de ton corps
Brûle au fond de mes solitudes.
Un
rêve d’automne et d’hiver
Filtre sous tes paupières closes,
Tandis qu’émane de ta chair
L’exaspération des roses.
Floréal
Je
t’aime dans l’odeur des roses
Mourantes, quand il se fait tard,
Quand, sous tes paupières mi-closes,
S’alanguit ton pâle regard.
Mon âme tendrement troublée
T’aime dans l’odeur des lilas,
Lorsque ruisselle la coulée
Du clair midi sur les fronts las.
O ma Maîtresse, ô mon Amie,
Je t’aime en l’odeur des œillets…
Le bleu de ta chambre endormie
S’attendrit parmi les regrets…
Dans l’odeur de la violette,
J’aime la grâce de ton corps,
Tandis que le miroir reflète
L’éclat des ambres et des ors.
Dans l’odeur de ta tubéreuse,
Je t’aime d’un mauvais désir,
A l’heure où l’aurore amoureuse
Se pâme avec un frais soupir.
Et, dans l’odeur de l’aubépine,
J’aime tes yeux pleins d’éclairs bruns…
O ma Maîtresse, ô ma Divine !
Je te mêle à tous les parfums.
Photo de Dragonmire : la copine de Renée s'appelait Violette !
